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Iles du Rhin : un mosaïque naturelle à la place du maïs !

Rappel du contexte

Même si personne n’a l’honnêteté de le reconnaître, c’est bien les Amis de la Petite Camargue Alsacienne qui ont mis les pieds dans le plat au moment de l’enquête publique de renouvellement de la concession hydroélectrique de Kembs sur ce sujet !

En effet, l’enquête publique présentait à l’époque (voir page spécifique à l’enquête) une renaturation des îles du Rhin contre laquelle l’associatoin c’est battue. Non pas contre l’idée de renaturer les îles dans le cadre de la Réserve Naturelle mais bel et bien par rapport au tracé rectiligne du cours d’eau qui devait traverser l’îlot. Ce tracé avait été réalisé comme cela puisqu’une un immense champ de maïs était positionné au centre de l’île, empêchant tout autre tracé.

L’association est donc intervenue par écrit, puis oralement lors de réunion publique, pour dénoncer la présence de ce champ de maïs et demander à EDF de négocier l’arrêt total de la culture de ce champ. Comme toujours cela a fait un tôlé mais dans les faits, quelques mois après, une négociation a été conclue avec l’agriculteur. Depuis, ces parcelles ont toutes intégré la Réserve Naturelle Nationale de la Petite Camargue Alsacienne.

Deux articles de presse parus dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace le 17 juin relatent les suites de ce dossier :

Une mosaïque et son fil conducteur

Depuis plusieurs décennies, un agriculteur plantait du maïs sur une parcelle agricole en friche de 120 ha. L’intégration de l’île du Rhin à la réserve naturelle de la Petite Camargue Alsacienne (PCA) en 2007 a poussé EDF à racheter le bail agricole de l’exploitant pour mettre fin à cette culture. « Ces 120 ha feront l’objet du plus vaste et ambitieux programme de renaturation jamais mené en France, et peut-être en Europe », glisse Jacky Letzelter.

En lien avec la PCA, le projet a été conçu de recréer sur cette parcelle une mosaïque des milieux rhénans : « Une cartographie précise a été établie par des topographes pour retrouver précisément les tracés des bras morts. L’un d’eux sera remis en eau sur 7 km de long avec un débit de 7 m3/s, soit plus que la Doller, avec des frayères pour saumons et anguilles, des roselières, des mares et milieux humides pour batraciens, des prairies sèches à orchidées,…», détaille Philippe Knibiely, directeur de la réserve.

«Le site accueillera donc des dizaines, voire des centaines d’espèces animales, contre trois jusqu’alors, le maïs, le sanglier et la chrysomèle», plaisante Philippe Knibiley.

Pour éviter l’apport de plantes exogènes, EDF a fait appel à l’Université de Strasbourg pour réaliser «des carottages dans le sol et retrouver les graines originelles comme cela est déjà réalisé en Petite Camargue », selon Jacky Letzelter.

Photo des DNA

Vers un milieu rhénan originel

En contrepartie de l’obtention d’une nouvelle concession pour son usine hydroélectrique de Kembs, EDF a validé une série de mesures environnementales. Appliquées volontairement depuis fin décembre, elles visent à rendre à l’île du Rhin, entre fleuve historique et grand canal d’Alsace, un visage proche de celui des paysages et biotopes d’avant la canalisation du fleuve au XIX e siècle, soit le plus grand programme du genre en France.

Écologie grise contre écologie verte : la balance entre énergies renouvelables (hydroélectricité) et protection des milieux naturels s’est rééquilibrée au profit des biotopes lors des négociations pour le renouvellement de la concession de l’usine EDF de Kembs.

Ainsi, dans le Rhin historique, le débit réservé est passé de 20 ou 30 m3/s jusqu’en 2010 à 52 et jusqu’à 150 m3/s depuis fin décembre. « Cela va entraîner une perte de 114 GWh au total pour les quatre centrales de Kembs, Ottmarsheim, Fessenheim et Vogelgrun », reconnaît Jacky Letzelter, directeur eau, environnement et développement chez EDF Unité de production Est (UP Est). Perte qui sera partiellement compensée dès 2014 avec la construction, à l’extrémité sud de l’île du Rhin, d’une microcentrale qui turbinera le débit réservé, réduisant la perte à 69GWh. Pour ce chantier, le défrichement a débuté à côté du barrage de Märkt, à la pointe sud de l’île du Rhin.

Depuis 2001, 200 000 m3 de graviers ont été emportés par le courant et les crues. Autour de cette centrale, plusieurs dispositifs sont prévus. Sur la rive allemande, une passe à castors permettra au mammifère qui a recolonisé récemment les environs de Bâle, de rallier le Rhin historique. À la pointe sud de l’île, la passe à poissons aménagée en 1932 sera remplacée par une double passe, l’une reliant le Rhin en aval du barrage au fleuve en amont, l’autre assurant la liaison avec un bras renaturé au cœur de l’île. Dans cette zone, une vaste parcelle qui était cultivée en maïs jusqu’en 2009, sera renaturée pour recréer une mosaïque des milieux rhénans originels.

Déjà les premiers effets se font sentir : « Nous avons eu ce printemps une reproduction des ombres (Thymallus thymallus) dans le Rhin inédite des décennies : le débit augmenté leur est très favorable, avec un courant plus fort, une eau qui se réchauffe moins en période chaude, des zones de galets désormais submergées », se réjouit Philippe Knibiely, directeur de la réserve naturelle.

Une «érosion maîtrisée en créant des brèches dans la digue de Tulla

Pour d’autres espèces, l’augmentation du débit réservé n’a pas tout réglé. Depuis 2001, 200 000 m3 de graviers ont été emportés par le courant et les crues en aval du barrage de Märkt, ne laissant au fond du lit du fleuve aucun matériau adéquat pour que les anguilles et les saumons puissent frayer. Et le barrage empêche tout apport naturel de l’amont. Afin de réalimenter le fleuve, plusieurs solutions ont été envisagées. « Les excédents de graviers du chantier de la microcentrale de la pointe sud seront rejetés dans le Rhin historique », garantit Frédéric Hofmann, directeur de l’UP Est d’EDF.

Mais la principale innovation va intervenir en aval de Kembs, sur un tronçon du Rhin historique qui a été modélisé en laboratoire depuis des mois par EDF. « Nous créerons des brèches dans les digues de Tulla sur la rive française du fleuve, donc sur l’île du Rhin, afin que les crues puissent attaquer et grignoter ces zones et alimenter le Rhin historique en graviers de petit calibre », détaille Jacky Letzelter.

Toutefois, cette « érosion maîtrisée » ne concernera que le secteur aval de Kembs et lors des crues. Et l’apport en gravier lié au chantier de la microcentrale ne compensera de loin pas la perte de la décennie écoulée. D’où le souhait émis par Philippe Knibiely : « Les Allemands, pour aménager les polders en rive est du fleuve, décaissent des centaines de milliers de mètres cubes. Ils revendent la majorité du gravier excavé. S’ils en injectaient une petite partie, cela pourrait déjà compenser les pertes de plusieurs années, voire de décennies ».

En attendant de voir les autorités allemandes s’accorder avec EDF et les autorités françaises, les équipes mandatées par l’entreprise et celles de la Petite Camargue préparent la voie à la recréation d’un milieu rhénan originel.

Matthieu Hoffstetter – DNA

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